Le salon des quoi?

vilain_petit_canardLe salon des quoi?

C’était LA réplique qui a suivi mes « je vais au salon des grands ». Force est de constater que ce petit salon qui monte doit poursuivre son ascension! Pensons à tous ces grands et toutes ces grandes qui n’y ont pas encore mis les pieds simplement parce qu’ils n’en ont pas encore entendu parler. Comptez sur la grande blogueuse pour prêcher la bonne parole, pour une fois que je vais prêcher quelque chose, ça devrait pas me faire de mal. Je compte bien rebondir (sans élan sinon c’est le crash assuré) sur les actualités autour des personnes de grandes tailles ou toutes autres formes d’implications, dans lesquelles l’association Altitudes œuvre déjà par exemple.

Le salon des grands, 5e édition pour la saison  « automne-hiver 2013 », se déroule dans le 11e arrondissement de Paris, non loin du quartier général de l’association Altitudes qui présente ce salon. J’écris au présent car cet article a été fait sur le trajet aller pour le salon.

Fatiguée de la soirée bowling d’hier soir (ouais la grande blogueuse ne fait rien de ses journées à part bloguer et sortir le soir hein) et pépère dans mon RER oscillant entre les monstres verticaux aussi denses que gris que sont ces HLM, voilà l’occasion rêvée pour triper sur le concept d’un « salon pour ». Qu’est-ce que c’est, au fond, un « salon pour » ou « salon du »? Un rassemblement d’enjeux financiers? Un espace temps qui arrange tout le monde pour des raisons pratiques, avec le « tout sur place? » Un moment pour se retrouver dans son élément, car d’habitude, ce n’est pas le cas? Une fête de la minorité qui, ce jour-là peut se permettre de se lâcher sans gêner la majorité? Si une minorité « possède » son salon, c’est que son ampleur commence à être significative et notable. Mais le fait que l’on soit de plus en plus grands, et de plus en plus nombreux à l’être, en soit, n’engendre pas forcément l’idée de « se manifester », que ce soit sous forme de rassemblement, d’évènement ou autre. C’est donc qu’il y a quelque chose. Un élément qui nécessite ce rassemblement. Se réunir juste entre grands pour être juste entre nous sans ceux de taille moyenne? Auto-ghettoisation. Je ne vois pas pourquoi les grands auraient cet esprit en particulier, même si c’est un travers bien humain et sécurisant.
Ne cherchons pas plus loin à penser à la place des autres, il suffit que je change de casquette. Allez hop zou, je vire la casquette de la grande blogueuse (après « demain j’enlève le bas », demain j’enlève la casquette), et je prends celle de la grande tout court. Enfin court, je m’entends. C’est drôle parce qu’au moment où j’écris cet article, on me fait bien comprendre que je dérange dans le wagon avec mes jambes. Si c’est pas une transition pour le paragraphe suivant ça!

Que dit la grande tout court?

Et bien, elle se rend compte (switchage à la troisième personne, ça y est, ça lui reprend, on la perd) qu’on a du mal à rentrer dans le moule. Et le moule, c’est quoi? C’est le standard. Et ce standard, il nous gène? Ou bien c’est nous qui le gênons? Avec des grandes jambes par exemple. C’est là, à mon sens, toute la question de la minorité face à la majorité et réciproquement, avec la tolérance et l’adaptation qui vont avec.
Reprenons mon cher voisin d’en face qui d’ailleurs ignore bien que je suis en train de parler de lui (quand je te dis que derrière l’écran, c’est facile de faire sa maligne!!!). Je le gène. Et ça me gène presque de le gêner. Argh, c’est vraiment du direct cet article, j’ai un nouveau voisin à ma gauche, ça y est j’ai les épaules et bras coincés entre lui et la paroi du RER, pffff. Et le comble, c’est qu’il peut lire ce que j’écris. Et je dis bien il peut, car j’ai un gros doute sur son aptitude à lire en français. Est-ce que ça me gène? A priori non, car si je ne lui impose pas de savoir le lire, il ne m’impose pas non plus sa langue (bien qu’il me semble que ce soit d’intégrer la culture du pays dans lequel on vit mais bon, autre débat et trop personnel pour s’étaler sur ce sujet qui n’en est plus un!). Si la communauté de mon voisin est en minorité, notre « vivre ensemble » reste tout de même convenable, après tout j’arrive encore à écrire et à respirer et on s’ignore mutuellement. Nous avons donc, dans notre situation, aucun dérangement mutuel ni point négatif. Pi toutes façons, il ne peut plus lire du tout vu que j’ai mis mon texte en caractère en corps 7, héhé ! J’en conclus qu’une minorité peut être mal à l’aise devant une majorité quand il y a dérangement ou amoindrissement de liberté pour cette minorité. Pour mon exemple, oui j’en bave un peu à me tordre pour continuer d’écrire, mais, c’est moi la grande, je suis en minorité, donc je ne vais pas ramener ma fraise. Cette confrontation minorité / majorité me semble fortement d’actualité, et je remarque que, contrairement à ma vision personnelle des choses, ce sont souvent les minorités qui gênent la majorité non pas par leur différence en elle-même, mais par la volontaire manifestation de cette différence face à la majorité. De surcroit, avec une extériorisation exacerbée qui va jusqu’à demander à la majorité de changer son mode de vie au nom du fait que la minorité existe, c’est fou non?

La différence par la taille n’a guère de lien avec la politique, le sexe (je vous vois venir!) ou la religion : c’est peut-être pour cela qu’on ne fait pas trop de bruit, nous les grands. À quand la parité petits / grands à l’assemblée, hihi !

Les grands au pays de la grande consommation

Il y a tout de même un impact « vie pratique » pour cette différence, vu que les produits qui nous entourent sont orientés pour la taille moyenne. Souvent, on s’adapte en silence, ou « on fait pas » tout court. D’une certaine façon, les grands s’adaptent aux moyens. Et ce n’est pas pour autant qu’ils revendiquent et crient dans la rue pour que le monde soit à leur taille (et que les petits achètent des talonnettes). Si les marques savent qu’on existe et qu’on est nombreux, elles finiront par s’adapter, pas par altruisme mais parce qu’il y a clairement un marché à prendre. Dès lors, par pure logique mathématique et financière, ainsi qu’en se penchant un temps soit peu sur les mensurations moyennes des Français (Gauss si tu nous regardes…), on y viendra bien. Mais la finance fait toujours moins de bruit que les écarts  politiques ou religieux, n’est-ce pas? Sans être dans la revendication donc, les actions pour faire connaître le monde des grands visent d’après moi à faire prendre conscience d’un constat, d’un nombre, et des besoins de ce nombre, pour s’habiller notamment. Dans le plus grand respect du vivre-ensemble. Si le prêt-à-porter n’était pas aussi répandu et fait pour les tailles standards, on ne nous entendrait peut-être même pas, et on ne chercherait pas non plus à convertir les petits. À bon entendeur majoritaire, salut…